Droit de réponse à l’article des Inrocks “Nuit Debout rate son exportation dans les beaux quartiers”

Le 4 mai à 17h nous nous retrouvions, membres réguliers ou occasionnels de la commission économie de Nuit Debout, membres d’autres commission ou personnes extérieures qui avaient eu vent de notre initiative, dans le 7ème arrondissement de Paris. Notre objectif était clairement affiché sur notre page Facebook (https://www.facebook.com/events/1168606689836753/) : protester contre le procès fait à Antoine Deltour, lanceur d’alerte ayant révélé au monde l’existence des rescrits fiscaux au Luxembourg, système d’évasion fiscale industrielle « légale ».

Nous ne nous cachions pas non plus du fait que manifester dans les beaux quartiers, ces lieux de pouvoir et de richesse, était une façon d’amener la contestation là où les décisions sont prises et où le monde que nous voulons changer est maintenu sous la coupe des puissants. Dès le lendemain matin, Fanny Ménéghin mettait en ligne un article sur notre action, pour la version web du journal les Inrocks. (voir l’article ici : http://www.lesinrocks.com/2016/05/05/actualite/nuit-debout-rate-exportation-beaux-quartiers-11824743/) Cet article est clairement passé à côté de l’objet de notre action et fait preuve d’une certaine malveillance à notre égard, c’est pourquoi nous voulions réagir :

Notre surprise a commencé dès la lecture du titre de l’article « Nuit Debout rate son exportation dans les beaux quartier »

Nous n’avons jamais prétendu vouloir exporter nuit debout.

Il semble que l’article prend pour unique source un seul participant de l’action, Nicolas Framont, porteur ce jour-là du mégaphone et qui n’est que l’un des 23 référents de la commission. Conformément à une vieille tradition de journaliste qui cherche son Cohn-Bendit ou son Pablo Iglesias derrière chaque mouvement, Fanny Ménéghin par méconnaissance de notre principe de fonctionnement horizontal, a conclu à son leadership et en a fait sa seule source.

Ensuite, force est de constater que la description faite du déroulement des faits a pour vocation de tourner notre initiative en ridicule. Fanny Ménéghin semble s’efforcer de voir le verre à moitié vide et s’en tient aux quelques moments hésitants de notre action. Il est vrai que nous n’étions pas du quartier et que nous n’étions pas des plus à l’aise dans son environnement aseptisé.

L’article s’évertue ainsi à attribuer une série de mauvais points: pas de slogan criés mentionnant le nom de Deltour, pas beaucoup de questions après que le Sénateur communiste Eric « Bosquet » se soit exprimé, et surtout, on sent chez la journaliste une certaine déception au sujet de notre non-confrontation avec la police. Il apparait à la lecture de l’article que Fanny Ménéghin espérait bien mieux en terme d’affrontements, prête à « live-tweeter » une nasse, des jets de pierre, un nuage de lacrymo, des tirs tendus de flash ball…. elle était bien déçue que la cinquantaine de Nuit deboutistes que nous étions soient restés « sagement à bonne distance, sans heurts, presque en douceur ».

Soyons clair : nous ne demandons pas à des journalistes de nous tisser des couronnes de lauriers. Nous ne sommes pas un mouvement parfait, nous sommes un ensemble de tentatives plus ou moins adroites pour renouveler l’action politique et protestataire, et cette action en soutien à Antoine Deltour en faisait partie. Nous n’aspirons pas à une présentation optimiste qui créerait chez les lecteurs des attentes que nous ne pourrions pas combler. Nous attendons cependant de ceux que la société charge de décrire l’actualité – les journalistes – qu’ils le fassent avec le moins de préjugés possibles en s’efforçant de comprendre la logique et les objectifs de ce qu’ils observent.

L’auteure de l’article a clairement mésinterprété nos intentions et ne semble pas avoir réellement cherché à les saisir : elle décrit notre action à l’aune de ses propres attentes. Si la première n’est pas frappée du coin du bon sens et n’aurait pas résisté bien longtemps à une petite introspection (« Pourquoi donc Nuit Debout voudrait s’exporter dans un arrondissement riche et qui vote très largement à droite ? … »), la seconde n’est guère surprenante et provient d’un préjugé médiatique à la sauce BFM TV : « Nuit Debout c’est l’affrontement avec la police, c’est le chaos ». Force est de constater que partant sur cette base nos réunions de réflexions citoyennes sur l’économie doivent paraître bien décevantes !

Cette histoire nous conforte, nous, militants réguliers ou occasionnels de Nuit Debout dans notre choix de prendre le temps de la discussion et du raisonnement avant de voter ou de devenir le Podemos que tous les journalistes souhaitent voir apparaître. Cela renforce hélas notre défiance envers ces derniers qui cherchent bien trop le clic à coup de titres tapageurs et de reportages réalisés à la hâte, pratiques qui tiennent nous en avons bien conscience à la précarisation croissante du journalisme (stages à répétition, piges mal payées, multiplication des tâches à réaliser par la même personne entre prise d’image, de son, d’entretiens, rédaction…). Ce droit de réponse n’est donc en aucun cas une attaque personnelle contre Fanny Ménéghin mais une invitation à réfléchir aux conditions de production de l’information journalistique dans un temps toujours plus contraint et à moyens sans cesse réduits qui ne laissent, comme seul espoir de progression dans le métier, que la quête du buzz et du sensationnel. Nous invitons d’ailleurs tous les journalistes qui se reconnaîtront dans cette description à venir s’asseoir avec nous à pour réfléchir à d’autres modes de production y compris du plus essentiel, celui de la production d’information.

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