Portrait de Vera militante espagnole

Source: GLOBAL DEBOUT : Portrait de Vera militante espagnole

Affichage contre la privatisation de l'espace public au pied de la statue de la place de la République. Nuit Debout - Paris, Place de la République, 7 mai 2016Affichage contre la privatisation de l’espace public au pied de la statue de la place de la République.Nuit Debout – Paris, Place de la République, 7 mai 2016

PORTRAIT – Gazette Debout a rencontré des militants du monde entier venus à Paris pour Global Debout. Aujourd’hui, Vera, une Espagnole qui a connu le mouvement des Indignés ainsi que Podemos.

Vera n’a pas attendu les rencontres internationales de Nuit debout pour se rendre à Paris. Il faut dire que cette photojournaliste espagnole de 28 ans connaît d’expérience l’expression militante que constitue l’occupation des places. En 2011, dès la naissance du mouvement du 15 Mai, elle s’était rendue à Madrid, avant de participer à l’extension de la mobilisation dans sa ville d’origine, à Saragosse, Plaza del Pilar. « J’étudiais la philosophie, nous dit-elle, et il ne suffisait pas de lui donner un sens théorique. Il manquait la pratique, et chercher à retrouver la « demokratia », rendre le mouvement et le peuple visible dans la rue, dans l’agora ».

Elle a connu l’effervescence d’un mois où étudiants, ouvriers et gens du peuple pratiquaient la convergence des luttes au sein de commissions à l’image du fonctionnement de Nuit debout. Elle a connu la fatigue qui a gagné ceux qu’on a appelé les Indignés, les désaccords nécessaires et malheureux entre les militants, l’inquiétude qui vient à ceux qui se demandent « et après ?». D’autant qu’en Espagne rien n’a changé pour que tout change, en pire : « Nous sommes revenus à une prétendue démocratie bipartisane reconduite tous les quatre ans ».

« Occupons les places » #GlobalDeboutNuit Debout – Paris, Place de la République, 7 mai 2016

Et dès décembre 2011, le Parti Populaire de Mariano Rajoy prenait le pouvoir et accentuait la politique d’austérité. Vera est partie, dans le cadre d’une thèse sur la représentation photographique de la Shoah, étudier à Budapest, où elle s’est engagée dans le mouvement des sans-abri. En Hongrie, dormir dans la rue, fouiller une poubelle pour se nourrir est passible d’une amende et de prison en cas d’insolvabilité. Vera milite donc physiquement, en participant à l’occupation de logements vacants, et via son blog où elle publie, comme en 2011, ses textes et ses photographies.

De retour à Saragosse en 2014, elle s’engage dans Podemos, comme photographe et vidéaste. Mais elle est vite déçue de la manière dont le parti fonctionne. « Nous étions fatigués d’avoir des dirigeants. Et voilà que les « leaders » de Podemos ont oublié qu’ils avaient un mandat de représentation, se sont mis à vouloir tout contrôler, à refuser d’accepter les critiques et à professionnaliser l’engagement politique ». A l’automne dernier, sa connaissance du magyar lui permet de suivre la crise des réfugiés, d’abord en Hongrie, puis en Serbie. Ses photographies, publiées dans la presse espagnole sont pour elle un moyen de dénonciation politique, car elles ne peuvent que témoigner de la situation inhumaine que vivent les migrants.

Souffle puisssant copyright GaspardSouffle puisssant copyright Gaspard

Après avoir participé à Euromarches, une marche européenne de Gibraltar à Bruxelles qui vise à protester contre l’austérité et à revendiquer la possibilité d’une autre Europe, Vera se rend à Calais, « Fucking Calais », comme elle dit. « En Serbie, le dénuement était total. Mais là, les réfugiés VIVENT à Calais. Vous ne voyez pas d’enfants car ils sont enfermés dans les camions pour leur sécurité. Chaque semaine, les gendarmes gazent la jungle. L’objectif des autorités est que les migrants ne se sentent pas bien et qu’ils ressentent le pouvoir et la peur de désobéir. » Elle y était encore la veille du 31 mars, et il était évident pour elle de passer par Paris avant de regagner l’Espagne. Dès le 9 avril, elle participe à la commission internationale et au media center. De son point de vue, Nuit debout représente une chance plus réelle que le mouvement du 15 Mai, car elle croit que le mouvement parisien ne sera pas – et ne doit pas être – l’otage d’un parti comme Podemos. « C’est ce qu’ils veulent : qu’on crée un parti, qu’on joue selon leurs règles. Mais le peuple appartient à la rue. » 

SOFIANE MANSOUR 

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